Pourquoi se faire vacciner contre la grippe après 65 ans ?

Dre Carole Pietropaoli, infectiologue et Dr Benoit Falquet, pharmacien

Après 65 ans, se faire vacciner contre la grippe, c’est aussi se protéger d’un infarctus du myocarde, d’un AVC ou encore d’un déclin cognitif. Parce que la grippe peut entraîner ces complications graves. La Dre Carole Pietropaoli, médecin infectiologue, et Benoît Falquet, pharmacien aux Hôpitaux nord-ouest (HNO), nous expliquent tout sur ce vaccin qui gagne vraiment à être connu.

Défiance, crainte des effets secondaires, efficacité parfois jugée insuffisante… Le vaccin contre la grippe peine encore à convaincre. D’autant plus que la grippe est souvent perçue comme une maladie bénigne. Pourtant, après 65 ans, elle peut entraîner des complications sévères et avoir des conséquences durables sur la santé et l’autonomie. Elle cause 10 000 morts par an dans toute la population en France. Alors que la couverture vaccinale contre la grippe chez les plus de 65 ans avait atteint près de 60 % en 2020-2021 lors de l’épidémie de Covid, elle recule à 53,7 % en 2024-2025, très loin de l’objectif de 75 % fixé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Cette année, la campagne démarre dès le 13 octobre.

Plus vulnérables après 65 ans

Les personnes de plus de 65 ans font partie des publics pour lesquels la vaccination est recommandée.  

« Après 65 ans, on est plus fragile d’une manière générale sur toutes les pathologies infectieuses, du fait de l’immunosénescence dans un premier temps, mais aussi d’une éventuelle dénutrition, de traitements associés, de maladies qui peuvent immunodéprimer »

Dre Carole Pietropaoli, infectiologue
Dre Carole Pietropaoli

Les personnes résidant en Ehpad sont d’autant plus exposées que la vie en collectivité favorise la transmission des infections.

Les risques liés à la grippe chez les plus de 65 ans sont multiples. Il y a tout d’abord les effets directs de la maladie : une pneumopathie peut évoluer vers une forme grave avec une détresse respiratoire aiguë, ou encore vers une surinfection bactérienne. 

La grippe peut également provoquer la décompensation de pathologies existantes connues ou pas : diabète, insuffisance cardiaque… « Le vaccin diminue le risque de faire un infarctus du myocarde ou un AVC après une infection grippale, souligne la Dre Pietropaoli.  Il joue aussi un rôle sur le déclin cognitif et donc l’apparition de troubles neurocognitifs. Des études montrent que le risque de développer une maladie d’Alzheimer baisse de manière très importante (30 à 40 %) chez les patients vaccinés tous les ans. » Toute infection virale entraîne une réponse inflammatoire indispensable pour se protéger du virus mais délétère au niveau cardio-vasculaire. Enfin, la grippe peut entraîner un déclin fonctionnel parfois durable. L’organisme mobilise beaucoup d’énergie pour lutter contre le virus et une personne alitée peut perdre rapidement de la masse musculaire, avec un risque associé de chutes et d’altération de l’état général… Un patient peut ainsi très bien récupérer d’un point de vue respiratoire mais perdre en autonomie dans les actes de la vie quotidienne.*

En chiffres

  • Environ 9 000 décès par an liés à la grippe en France.
  • Plus de 90 % des décès liés à la grippe concernent les personnes de 65 ans et plus.
  • Dans la région AURA, 53 % des personnes de 65 ans et plus sont vaccinées.
  • Plus de 85 % des résidents des Ehpad des HNO sont vaccinés.

Source : Santé publique France, HNO

Des effets secondaires limités

Personne n’est trop fragile pour se faire vacciner. Bien au contraire ! 

« Les contre-indications à la vaccination contre la grippe sont essentiellement liées à des allergies à certains composants des vaccins, notamment aux protéines de l’œuf. Mais la diversité des vaccins disponibles permet, dans de nombreux cas, de proposer une alternative adaptée. » 

Dr Benoit Falquet, pharmacien
Dr Benoît Falquet, pharmacien

L’un des freins à la vaccination réside aussi dans la crainte des effets secondaires : fièvre, céphalées, fatigue… Mais ces effets, qui miment les symptômes de la grippe, sont limités dans le temps (48 heures).

Quelle efficacité ?

Le vaccin contre la grippe n’offre pas une protection à 100 %. Tout d’abord du fait de sa conception. Chaque année, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sélectionne trois souches de virus grippaux les plus susceptibles de circuler lors de la saison suivante, en s’appuyant notamment sur la surveillance des virus ayant circulé quelques mois auparavant, durant l’hiver, dans l’hémisphère sud. Les vaccins sont alors conçus pour cibler ces souches. Mais les virus grippaux évoluent et les prévisions ne coïncident pas toujours parfaitement avec les souches finalement en circulation. L’efficacité du vaccin peut donc varier d’une saison à l’autre. 

Autre facteur important : nous ne répondons pas tous de la même façon à la vaccination. La quantité d’anticorps produits varie selon les personnes, leur âge ou encore leur état de santé. Des vaccins ont d’ailleurs été optimisés pour les plus de 65 ans afin de renforcer leur efficacité. Certains contiennent par exemple quatre fois plus d’antigènes, ce qui permet de stimuler davantage la production d’anticorps, qui diminue naturellement avec l’âge. D’autres contiennent un adjuvant qui permet de renforcer la réponse immunitaire. Ces deux types de vaccins sont aujourd’hui recommandés préférentiellement chez les plus de 65 ans par la Haute Autorité de santé (HAS) dans le but d’obtenir une meilleure protection contre la grippe.

Une campagne de vaccination dans les Ehpad des HNO

Chaque année, fin octobre, les HNO organisent, dans leurs Ehpad, des campagnes de vaccination contre la grippe à destination des résidents. Les vaccins sont fournis par la pharmacie hospitalière et les vaccinations réalisées en interne par les équipes soignantes. Tous les résidents sont éligibles et peuvent choisir ou non de se faire vacciner.

Comment se faire vacciner contre la grippe ?

Pour les plus de 65 ans, la vaccination contre la grippe est très simple. Chaque année, l’Assurance maladie adresse, au début de la campagne de vaccination, un bon de prise en charge permettant de retirer directement le vaccin en pharmacie, sur présentation de sa carte Vitale, sans ordonnance médicale. Le vaccin est pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie. Il est ensuite possible de se faire vacciner par le professionnel de son choix : médecin, pharmacien ou infirmier. L’injection du vaccin est elle aussi intégralement prise en charge par l’Assurance maladie. Les formules les plus adaptées pour cette population sont Efluelda®, qui contient quatre fois plus d’antigènes et Fluald® qui contient des adjuvants. Les patients peuvent demander spécifiquement ces produits à leur pharmacien.

Il faut compter une dizaine de jours après l’injection pour être protégé. L’idéal est donc de se faire vacciner avant le début de l’épidémie, même s’il reste utile de le faire lorsque celle-ci a déjà commencé. La vaccination est à renouveler chaque année, à la fois parce que les virus en circulation évoluent et parce que la protection immunitaire diminue avec le temps. 

Pour renforcer cette protection, il est important d’opter pour une stratégie de « cocooning » : vacciner les proches aide à mieux protéger les personnes à risque. « Cela permet de réduire la circulation du virus, détaille la Dre Pietropaoli. Plus il y a de personnes vaccinées dans l’entourage, moins il y a de risques d’être en contact avec le virus. »

Un territoire engagé pour mieux protéger

Les HNO participent à une vaste réflexion sur la vaccination à l’échelle du territoire. Ce projet, porté par le Groupement Hospitalier de Territoire (GHT), associe professionnels hospitaliers, médecins libéraux, pharmaciens, ainsi que la Communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS). L’objectif : promouvoir la vaccination afin de renforcer la protection de la population. 

*Sources : 

  • Hjelholt AJ, Bergh C, Bhatt DL, Fröbert O, Kjolby MF. Pleiotropic Effects of Influenza Vaccination. Vaccines (Basel). 2023 Aug 25;11(9):1419. doi: 10.3390/vaccines11091419. PMID: 37766096; PMCID: PMC10536538.
    « In this review, we will discuss the possible nonspecific effects of influenza vaccination in cardiovascular disease, type 1 diabetes, cancer, and Alzheimer's disease, future research questions, and potential implications. »
  • Yang WK, Shao SC, Liu CC, Chi CC. Influenza vaccination and risk of dementia: a systematic review and meta-analysis. Age Ageing. 2025 Jul 1;54(7):afaf169. doi: 10.1093/ageing/afaf169. PMID: 40601364.
    « For high-risk populations, more than one dose of influenza vaccination showed an association with a lower risk of incident dementia (2-3 doses: HR 0.84; 95% CI: 0.76-0.92; ≥ 4 doses: HR 0.43; 95% CI: 0.38-0.48). »