Bronchiolite : comment les HNO se préparent à la saison hivernale

un bébé allongé sur le dos est ausculté par une femme vêtue d'une blouse blanche

Chaque automne, les équipes de pédiatrie des Hôpitaux Nord-Ouest se préparent à la reprise des virus respiratoires et à une montée en charge de leur activité. Si l’arrivée du traitement préventif Beyfortus a radicalement réduit les risques pour les nourrissons, elle n’a pas fait disparaître la pression hivernale sur les services de pédiatrie. Prévention, anticipation des besoins en lits et en personnel, organisation des urgences : aux HNO, l’hiver se prépare plusieurs mois à l’avance.

À l’hôpital de Villefranche, l’hiver 2022 est encore dans toutes les mémoires. Cette année-là, l’épidémie de bronchiolite démarre tôt, dès le début du mois d’octobre, et atteint une intensité exceptionnelle, mettant sous tension les urgences pédiatriques partout en France. Depuis, la situation a changé : l’arrivée de traitements préventifs ont permis de réduire nettement le nombre de cas de bronchiolites et les formes graves chez les nourrissons. Mais elle n’a pas fait disparaître les épidémies hivernales, ni la pression qu’elles exercent sur les services de pédiatrie.

« On se prépare tous les ans à une épidémie dont on ne connaît pas le grade à l’avance », résume Dr Marie-Caroline Delafay, cheffe du service de pédiatrie. Les consultations commencent généralement à augmenter au début de l’automne, avant un pic d’activité situé entre mi-novembre et fin décembre. « On s’attend à une augmentation croissante du motif de consultation pour bronchiolite ou pour gêne respiratoire chez l’enfant dans les semaines à venir », poursuit-elle.

En cause, d’abord, le virus respiratoire syncytial (VRS), principal responsable de la bronchiolite. Mais il n’est pas le seul à circuler : grippe, rhinovirus, métapneumovirus et autres virus respiratoires viennent eux aussi alimenter l’activité hivernale. 

Avec l’anticorps monoclonal, moins de bronchiolites graves chez les tout-petits

Depuis l’arrivée du traitement préventif Beyfortus® puis générique Enflosia®, les hôpitaux n’ont plus connu de crises telle que celle de 2022. La prévention du VRS commence avant la naissance : les femmes enceintes se voient proposer un vaccin entre 32 et 36 semaines de grossesse si leur terme est prévue au moment de la période hivernale. Les anticorps transmis par la mère contribuent alors à protéger le nouveau-né. Autre possibilité : administrer des anticorps dès la maternité aux bébés qui naissent pendant la période d’épidémie. Ceux qui affrontent leur premier hiver plus tard peuvent le recevoir en ville auprès de leur médecin. 

Aux HNO, l’adhésion des familles à ce traitement préventif est très élevée. « Le premier hiver, nous avions quasiment 100 % de réponses favorables des parents et aujourd’hui, les taux sont toujours très élevés, » s’enthousiasme Marie-Caroline Delafay. Pour les équipes, cette adhésion repose notamment sur l’information délivrée aux familles pendant la grossesse puis à la maternité, en lien avec les sages-femmes, les obstétriciens, les pédiatres et les professionnels de ville.

Les résultats sont probants : « il y a moins de cas et moins de cas graves chez les tout petits, » résume Marie-Caroline Delafay. Les données nationales confirment cette évolution observée aux HNO. Selon Santé publique France, lors de la saison 2023-2024, Beyfortus® a montré une efficacité estimée entre 76 et 81 % pour prévenir les bronchiolites à VRS nécessitant une admission en réanimation. Il aurait permis d’éviter environ 5 800 hospitalisations en France hexagonale, soit une réduction de 23 % des hospitalisations pour bronchiolite à VRS. L’effet est encore plus marqué chez les nourrissons de 0 à 2 mois, avec une diminution estimée à 35 % des hospitalisations.

une femme aux cheveux brun mi long et habillée d'une blouse blanche pose dans un couloir aux murs colorés

… mais le profil des enfants hospitalisés évolue

Les équipes soignantes constatent en revanche que si les nourrissons sont bien protégés par le traitement, ce n’est plus le cas lors de leur deuxième hiver. Ils ont donc constaté une augmentation du nombre de patients de plus d’un an aux urgences, présentant des formes différentes de la maladie. « Chez les nourrissons de moins de six mois, les formes graves peuvent notamment se manifester par des apnées, avec des formes neurologiques. Chez les enfants plus grands, on observe davantage de détresses respiratoires, avec des tableaux qui ressemblent à des crises d’asthme. La clinique est vraiment différente selon l’âge de l’enfant, » décrit Dr Gaëlle Raisin, responsable des urgences pédiatriques.

Les professionnels des HNO soulignent cependant qu’il s’agit pour l’instant d’une observation clinique, partagée avec d’autres services de pédiatrie en France, et non d’une évolution démontrée par une étude. 

Les HNO participent par ailleurs à un projet de recherche clinique européen autour de la prévention du VRS. L’étude doit notamment explorer les stratégies associant vaccination maternelle pendant la grossesse et administration ultérieure d’anticorps au nourrisson, alors que la prévention repose aujourd’hui sur l'une ou l'autre de ces approches.

Bronchiolite : quand faut-il consulter ? Difficultés respiratoires nettes, en particulier chez un bébé de moins de trois mois, changement de couleur, troubles du comportement, refus important de s’alimenter ou perte de dynamisme sont des symptômes qui doivent conduire les parents à consulter. Une fièvre chez un enfant de moins de trois mois nécessite également une vigilance particulière. En cas d’inquiétude, les parents peuvent aussi appeler le 15 : le médecin régulateur pourra évaluer la situation et leur indiquer s’il est nécessaire de se rendre aux urgences ou si l’enfant peut être vu ailleurs.

Un plan hivernal préparé et ajusté chaque année

Pour absorber cette hausse saisonnière d’activité, les HNO disposent depuis plusieurs années d’un plan hivernal. « Ce plan définit les effectifs, les lits, comment récupérer des lits si jamais il nous en manque, le matériel… C’est un document assez exhaustif qui évolue chaque année en fonction de l’expérience des années précédentes », explique Christophe Hontang, cadre supérieur du pôle Femmes, parents, enfants.

Et sa préparation commence très tôt : à peine une saison terminée, le service s’attèle déjà à la suivante. Il faut anticiper les recrutements, les besoins matériels, la formation des professionnels et les capacités d’hospitalisation. Chaque hiver permet aussi d’identifier ce qui a fonctionné et ce qui doit être ajusté.

Pendant la période hivernale, les effectifs paramédicaux peuvent ainsi être renforcés. Aux urgences, une infirmière supplémentaire est notamment présente de 10 h à 22 h. Les capacités d’hospitalisation peuvent elles aussi évoluer et les équipes sont formées à la prise en charge des pathologies respiratoires et à l’utilisation des différents dispositifs nécessaires.

L’épidémie exceptionnelle de 2022 fait office de référence. Face au nombre d’enfants à hospitaliser, l’hôpital avait alors sollicité l’agglomération de Villefranche pour disposer de lits à barreaux supplémentaires. Cette dernière avait immédiatement accepté et mis à disposition 15 petits lits très rapidement. Les besoins ont progressivement diminué : dix l’année suivante et seulement trois prévus cette année par sécurité. « Un détail en apparence, mais qui peut devenir déterminant en pleine nuit lorsqu’un nourrisson doit être hospitalisé. »

une jeune femme blonde, vêtue d'une blouse blanche est semi assise sur un bureau. Derrière elle, des écrans et des personnes qui sont devant leur poste de travail
Dr Gaëlle Raisin, responsable des Urgences pédiatriques - crédit Vincent Delesvaux

Des urgences à l’hospitalisation, un même parcours pédiatrique

Les urgences pédiatriques constituent la principale porte d’entrée vers l’hospitalisation : environ 90 % des enfants hospitalisés en pédiatrie y transitent. C’est là qu’en cas de bronchiolite, l’état du patient est évalué. À son arrivée, chaque enfant est d’abord vu par une infirmière d’orientation et d’accueil. Un premier quick look permet de repérer immédiatement une situation particulièrement grave. Les autres patients sont classés selon une échelle comportant cinq niveaux de priorité.

Le temps d’attente dépend donc de l’état de l’enfant et non de son ordre d’arrivée. « C’est dynamique : l’enfant peut se dégrader pendant le temps d’attente et l’activité des urgences impacte fortement ce temps d’attente », explique le Dr Gaëlle Raisin. L’arrivée simultanée de plusieurs patients graves ou la diminution des effectifs en soirée, la nuit et le week-end peuvent ainsi allonger l’attente des enfants dont l’état est stable.

Lorsque l’hospitalisation est nécessaire, urgences et unités de pédiatrie travaillent ensemble : « il y a vraiment un lien visible entre la porte d’accueil des urgences et l’hospitalisation de l’enfant », explique l’équipe. Les médecins appartiennent à une équipe commune, même si chacun conserve ses spécificités et ses secteurs d’activité. Pédiatres, urgentistes et médecins généralistes travaillent au sein d’un même service, avec des staffs communs et une coordination quotidienne, pour apporter une réponse solide à tous les petits habitants du territoire et à leur famille.

une grande pièce lumineuse est meublée avec des assises colorées
espace d'attente des Urgences pédiatriques de l'hôpital de Villefranche sur Saône - crédit Vincent Delesvaux

Comprendre l’inquiétude des parents

Cette année, les équipes abordent également la saison hivernale dans des urgences pédiatriques entièrement réaménagées. Le parcours des enfants y a été repensé pour améliorer l’intimité, la confidentialité et l’accueil des familles. Les bureaux fermés permettent à l’infirmière d’orientation de recevoir parents et enfants dans de meilleures conditions et avec moins d’interruptions.

Pour limiter les risques de transmission, les équipes rappellent quelques réflexes simples : se laver régulièrement les mains, aérer les pièces et bien moucher son bébé. Avec les plus petits, mieux vaut aussi éviter autant que possible les contacts avec des personnes enrhumées ou malades. Et dans les premières semaines de vie, particulièrement en hiver, limiter les visites permet de préserver une forme de « cocon » autour du nouveau-né.