Ehpad La Clairière : comment concilier lieu de vie et qualité des soins ?

Entrée de l'Ehpad La Clairière  à Tarare

En poste dès l'ouverture de l’Ehpad La Clairière, en 2005, le Dr Zoubir Djeddou a participé activement à l’évolution de la prise en charge des personnes âgées au sein des HNO. Il revient sur 20 ans de transformations qui ont bouleversé le quotidien des résidents et des équipes soignantes.

Dr Zoubir Djeddou, médecin gériatre, chef de pôle gériatrie HNO Tarare-Grandris, chef de service courts séjours gériatriques, président du comité d’éthique des HNO

Dr Zoubir Djeddou

Nous fêtons cette année les 20 ans de l’Ehpad La Clairière. À son ouverture, vous débutiez votre carrière, ici…

J’ai même connu les deux structures qui existaient avant que soit créé La Clairière : l'Ehpad de la Providence et l'Ehpad de la Marguerite. Je me souviens très bien de mon premier jour là-bas. Ça a été un choc. Je me suis dit : « Ce n'est pas possible… » Il y avait des chambres doubles, parfois triples, avec des douches communes, l'intimité était difficile à respecter... À l'époque, les Ehpad avaient l'image de lieux d’accueil de personnes dépendantes, forcées de s'y installer parce que sans autre solution. Quand nous avons déménagé à La Clairière, en 2005, cela a vraiment été un bouleversement. Toutes les chambres étaient individuelles, tout était neuf. Mais au-delà du bâtiment, c'est surtout la façon d'accompagner les personnes âgées qui a profondément évolué. En 20 ans, l'Ehpad est devenu un véritable lieu de vie, et ça, c’est une de mes plus grandes fiertés. 

Comment le métier de gériatre a-t-il évolué ces vingt dernières années ?

Le regard porté sur les personnes âgées et sur leur prise en charge a profondément changé. Auparavant, l'âge ou l’autonomie pouvaient influencer les décisions médicales. Aujourd'hui, nous attachons autant d'importance au projet de vie de la personne qu'à sa prise en charge médicale.

Nous avons aussi mené une importante réflexion sur l’éthique avec notamment la création du comité d’éthique des HNO en 2012. Cela a permis de développer une culture de l’éthique au sein des équipes autour des principes de l’autonomie, la bienfaisance, la non-malfaisance, l’équité… avec autant de questionnements : « Est-ce que l'on fait bien ? », « Est-ce qu'on n'est pas dans l'acharnement ? », « Est-ce qu'on n'est pas dans l'abandon ? », « Est-ce que cela correspond vraiment à la volonté du résident ? » Aujourd'hui, nous ne soignons plus seulement une maladie. Nous considérons la personne dans sa globalité, en tenant compte des dimensions physique, psychologique, sociale et même environnementale. Tout est lié : pour qu’un résident aille bien, il faut que tout soit équilibré.

Le fait d'être un Ehpad hospitalier change-t-il réellement la prise en charge ?

Oui, complètement. Aujourd'hui, La Clairière fait partie intégrante de l'hôpital. Nous participons à la permanence des soins, nous échangeons quotidiennement avec les autres services, nous avons des réunions communes, des commissions d'admission... Et puis nous sommes trois médecins salariés au sein de l’Ehpad, donc concrètement, il y a toujours une présence médicale au sein de l’établissement. En fait, nous pourrions être considérés comme un service à part entière de l’hôpital. 

Autre avantage : nous connaissons souvent les patients avant même qu’ils intègrent l’Ehpad, parce que nous avons mis en place une véritable filière gériatrique en lien avec l’hôpital. Les patients commencent souvent par des consultations mémoire ou fragilité, des soins à domicile, puis un accueil de jour, de nuit, un court séjour gériatrique ou un hébergement temporaire au sein de l’Ehpad lorsque les aidants ont besoin de souffler... Nous proposons des solutions adaptées à la volonté des patients et à leur degré d’autonomie. Notre objectif est de permettre aux personnes de rester chez elles aussi longtemps que possible. Parfois, nous accompagnons des patients pendant 5 ou 6 ans ! L'entrée en Ehpad reste une étape importante, mais elle est beaucoup plus progressive et plus sereine qu'avant. C'est vraiment cela la notion de filière. Il y a tout ce travail, toute cette préparation qui se met en place progressivement jusqu'à l'acceptation de l'entrée en institution.

Aujourd'hui, comment les résidents sont-ils accueillis au sein de l'Ehpad La Clairière ? 

Chacun des 3 étages de l'Ehpad est organisé en 3 unités accueillant une vingtaine de résidents. Dans chaque unité, ce sont les mêmes équipes médicales et paramédicales qui accompagnent les résidents au quotidien. C'est essentiel, notamment pour les personnes atteintes de maladies neurodégénératives, cela leur permet d’avoir des repères. Comme je le disais précédemment, nous sommes 3 médecins salariés pour assurer le suivi des résidents. L’équipe est également composée d’infirmières et d’aides-soignantes pour la plupart formées à la gérontologie, ainsi que d’'une équipe pluridisciplinaire incluant kinésithérapeutes, ergothérapeutes, psychologues, enseignants en activité physique adaptée et animateurs.

L'Ehpad la Clairière peut être perçu comme très médicalisé. Comment conciliez-vous soins et qualité de vie des résidents ?

Pour moi, l’un n’empêche pas l’autre. Le fait d'avoir des médecins salariés présents en permanence permet, dans la majorité des situations, de prendre en charge les résidents sur place sans avoir besoin de passer systématiquement par les urgences. Cela évite des hospitalisations et des déplacements. Les résidents gardent leurs repères, leurs soignants, leur environnement… Cela participe beaucoup à leur qualité de vie. Et puis à mon sens, l'Ehpad doit avant tout rester un lieu de vie, ouvert sur l’extérieur. C’est pour cela que nous avons aménagé des espaces de convivialité, développé les projets intergénérationnels avec des élèves de la maternelle au lycée, organisé des olympiades avec d'autres Ehpad… Nous avons même mis en place des séjours de vacances destinés à nos résidents les plus isolés. La vie continue, même en Ehpad ! Et notre rôle est de faire en sorte qu'elle continue dans les meilleures conditions possibles.