Réduire l’exposition des bébés aux perturbateurs endocriniens : les HNO parmi les pionniers en France
Vincent Delesvaux
45 000 biberons sont donnés chaque année au sein du pôle Femmes Parents Enfants des Hôpitaux Nord-Ouest (HNO). Depuis avril 2025, les biberons en verre ont remplacé les modèles jetables en plastique. Une initiative qui s’inscrit dans une réflexion globale au sein des HNO pour réduire l’exposition des enfants aux perturbateurs endocriniens, à la maternité, en néonatologie et en pédiatrie.
Un doux tintement s’échappe de la biberonnerie de l’hôpital de Villefranche-sur-Saône. C’est l’heure de la préparation des biberons pour les nourrissons. Dans la salle de préparation, chaque biberon, désormais en verre, est rempli et soigneusement étiqueté avec la date de préparation, la date limite de consommation et le nom du petit bénéficiaire. Il est ensuite stocké en chambre froide dans l’attente de sa distribution. « Cela fait plusieurs années que les HNO travaillent sur la prévention de l’exposition des bébés aux perturbateurs endocriniens, indique Christophe Hontang, coordinateur du Comité de pilotage sur les perturbateurs endocriniens au sein des HNO. Mais c’est grâce à un appel à projets, lancé en 2023 par l’Agence régionale de santé, que nous avons obtenu les financements nécessaires pour mener à bien des projets ambitieux. »
Près de 800 substances chimiques sont aujourd’hui reconnues ou suspectées par l’OMS de perturber le système hormonal. Des substances que l’on peut retrouver au quotidien dans certains objets à base de plastique, vêtements, cosmétiques, ou encore produits d'entretien… Les fœtus, les nouveau-nés et les jeunes enfants figurent parmi les populations les plus vulnérables. Selon le ministère de la Santé, les perturbateurs endocriniens pourraient contribuer à des troubles de la croissance, du développement neurologique et de la fonction immunitaire, ainsi qu’à certaines maladies métaboliques.
Conjuguer biberon en verre et sécurité sanitaire
Près de 2 ans de réflexion et de mises au point ont été nécessaires pour passer des biberons en plastique aux biberons en verre. « Dès le départ, nous avons créé un comité de pilotage consacré aux perturbateurs endocriniens, se souvient Christophe Hontang. Nous devions mobiliser de nombreux services : les services techniques, les achats, le biomédical, l'hygiène... Nous avions besoin de leurs compétences techniques et de leur expertise en matière d’approvisionnement, de maintenance, d'installation ou encore de suivi réglementaire... Nous ne pouvions pas nous permettre la moindre erreur, insiste le coordinateur. D'autant plus que ces biberons sont parfois destinés à des prématurés ou à des bébés hospitalisés. La sécurité était une priorité absolue. »
L'équipe de prévention du risque infectieux a ainsi été fortement mobilisée pour définir et mettre en place des protocoles sécurisés : désinfection, stockage, distribution et circulation des biberons propres et sales… « Il a fallu partir de zéro ou presque, puisqu’en France une seule maternité utilisait déjà des biberons en verre, à Tahiti, et selon un processus différent, explique Delphine Hilliquin, cheffe de service Équipe de prévention du risque infectieux (EPRI). Nous avons donc effectué des recherches bibliographiques sur les attentes microbiologiques et sur les modalités de désinfection des biberons… Nous avons opté pour l’utilisation d’un thermo-désinfecteur pour nettoyer les biberons, un système de vapeur, sain et efficace. Et bien sûr, nous avons effectué des tests afin de nous assurer que cela fonctionnait correctement et que les prélèvements microbiologiques étaient conformes. » Le service Achats a lui aussi été particulièrement mobilisé. « Ils nous ont beaucoup aidés pour la recherche des biberons, des tétines mais aussi pour le choix du thermo-désinfecteur, précise Sandrine Bodin, diététicienne sur le pôle Femme-Parents-Enfants. On changeait vraiment tout ! Cela représentait énormément de travail… » Une véritable révolution qu’il a fallu ensuite expérimenter puis intégrer dans le quotidien avec de tout nouveaux process… « Bien sûr, il y avait de l'appréhension, car cela impliquait d’importants changements dans les méthodes de travail et dans l'organisation quotidienne. Mais l’équipe de la biberonnerie a été impliquée dès le départ, nous avons construit le projet ensemble. Les auxiliaires de puériculture étaient donc très motivées et très favorables au changement, » souligne Sandrine Bodin.
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La suppression des biberons jetables en plastique a aussi permis de réduire l’empreinte écologique de l’hôpital.
Hygiène, cosmétiques, entretien : à la recherche de produits plus sains
Les équipes des HNO ont également réalisé un audit des produits ménagers et cosmétiques à la maternité et en néonatologie. « Nous nous sommes aperçus que certains produits que nous utilisions sentaient très bon le bébé, mais n'étaient pas forcément les plus sains en termes de perturbateurs endocriniens », explique Mathilde Meizonnier, cadre de santé dans le service de pédiatrie et de néonatologie. De nouveau, le service Achats a été sollicité pour trouver un savon à la composition saine, et des couches contenant moins de plastique et sans bandelette de détection d’urine, pour limiter l’exposition des nouveau-nés. « Nous avons aussi arrêté de distribuer les "valises roses", ces coffrets contenant de nombreux échantillons. Ce sont des produits qui évoquent l'univers du bébé, mais qui ne sont pas les plus adaptés, regrette Christophe Hontang. Face à des parents parfois déçus, nous avons mené un important travail d’information pour expliquer l’arrêt de cette distribution. » L’occasion d’ouvrir une discussion avec les parents sur les choix des produits cosmétiques.
« Nous avons également constaté que nous utilisions beaucoup de produits ménagers, notamment en néonatologie, pour nettoyer les couveuses », détaille Caroline Coulon, infirmière au sein du service de néonatologie. Les HNO ont alors décidé de remplacer ces produits par l’utilisation d’un nettoyeur vapeur. « Ce n'est pas forcément évident à utiliser, cela représente davantage de travail et de manutention, admet Romane Lassara, puéricultrice au sein du service de néonatologie. Mais nous le faisons pour le bien-être des bébés. »
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Des soignants formés pour sensibiliser aux perturbateurs endocriniens
Depuis 2023, 11 soignants des HNO ont également été formés « Femmes Enceintes Environnement et Santé » (FEES). Une formation théorique et pratique qui aborde la question des perturbateurs endocriniens à travers différentes thématiques : la qualité de l'air intérieur, l'alimentation, les cosmétiques… « Nos bébés, notamment les prématurés, sont en pleine période de vulnérabilité. Il était donc important pour nous d'acquérir les connaissances nécessaires afin d'accompagner les familles et de leur donner des conseils pratiques », souligne Caroline Coulon.
La formation permet également d’acquérir les compétences nécessaires pour devenir ambassadeur. Les « FEES » du HNO ont ainsi proposé des ateliers de sensibilisation destinés aux parents et aux personnels au sein des HNO mais aussi des PMI et des crèches. « Le but n'est pas de dire aux participants qu’il faut tout changer, de leur ajouter de nouvelles inquiétudes, nuance Caroline Coulon, mais plutôt de les accompagner et de leur proposer des pistes d'amélioration adaptées à leur situation. »
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Une dynamique appelée à se poursuivre
En 2025, les HNO ont de nouveau remporté l’appel à projets lancé par l’ARS. Des armoires pédagogiques sur les perturbateurs endocriniens sont en cours de déploiement à la maternité, en néonatologie et en gynécologie, mais aussi au sein du Centre Périnatal de l’hôpital de Tarare. « Quand nous expliquons aux parents qu'il est préférable d'utiliser des biberons en verre, ou de choisir avec soin le savon pour leur bébé, nous pouvons leur montrer que nous appliquons nous-mêmes ces recommandations, souligne Christophe Hontang avant d’ajouter : aujourd'hui, nous sommes cohérents vis-à-vis des parents. Et ça, ça n'a pas de prix. »