A Villefranche-sur-Saône, un robot chirurgical au service des patients

Dr Clément Tavernier, chirurgien viscéral, et les infirmières formées à l'utilisation du robot chirurgical aux HNO

Depuis le mois de mai, les chirurgiens de l’hôpital de Villefranche-sur-Saône ont un nouvel outil. Ou plutôt quatre : c’est le nombre de bras dont est doté le robot chirurgical qui est désormais à leur disposition au bloc opératoire. Gain de précision, meilleure visibilité, instruments articulés… autant d’avantages qui bénéficient in fine aux patients, pour des chirurgies moins invasives, une récupération plus rapide, et un meilleur pronostic sur les maladies.

En chirurgie viscérale, urologique ou gynécologique, il existe 2 grands modes opératoires, tous deux pratiqués sous anesthésie générale. La laparotomie, méthode historique, consiste à ouvrir largement l’abdomen pour intervenir directement sur les organes cibles. La cœlioscopie, plus récente, se pratique via de petites incisions dans lesquelles on introduit des tiges portant les instruments, ainsi qu’un endoscope muni d’une caméra. Le tout en insufflant du dioxyde de carbone, pour soulever la paroi abdominale et dégager de l’espace pour opérer.

Aujourd’hui, le robot chirurgical représente une évolution technologique au service de la cœlioscopie, pour affiner et faciliter le travail des chirurgiens. Précisons toutefois que le robot n’en est pas vraiment un : il n’opère pas en autonomie, mais constitue simplement une interface entre le patient et le médecin. Concrètement, « je place ma tête dans une console pour obtenir une vision 3D des instruments et des organes, comme si j’étais à l’intérieur de l’abdomen. Puis j’utilise la console pour contrôler les pinces articulées », explique le Dr Clément Tavernier, chirurgien viscéral à l’hôpital de Villefranche.

Plus de précision et un meilleur confort d’opération

Le premier avantage du robot aux yeux des chirurgiens est l’amplitude de mouvement qu’il leur confère. Avec des pinces pivotantes, ils atteignent des parties du corps qui leur étaient inaccessibles auparavant comme la paroi abdominale ou certaines zones exigües. Cela vient aussi de la grande stabilité de l’image fournie par la caméra, qui les aide elle aussi à gagner en précision dans leur travail.

« Quand je réalise un mouvement de 10 centimètres avec ma main sur les commandes, la pince n’en fait que 2, ce qui me permet des gestes beaucoup plus fins »

Dr Clément Tavernier, chirurgien viscéral et bariatrique
Dr Clément Tavernier

« Il faut aussi mentionner les possibilités offertes par l’IA, qui va permettre d’afficher et de synchroniser en temps réel les radios et scanners du patient, afin de mettre en surbrillance les zones sur lesquelles nous devons intervenir, comme les lésions cancéreuses » ajoute-t-il.

Enfin, l’assistance du robot permet de soulager le praticien et de lui éviter des positions douloureuses. « Quand vous faites une opération qui peut durer 4 à 6 heures en ayant les bras penchés, ça peut créer de la fatigue et une relative baisse d’attention. À l’inverse, avec le robot, vous êtes assis, le dos bien droit, et vous mettez beaucoup moins de pression sur votre corps. Finalement, tout cela bénéficie au patient », conclut le Dr Tavernier.

56 opérations
réalisées avec l’aide du robot entre mai et septembre 2026 en chirurgie viscérale, urologique et gynécologique.

Réduire les douleurs, améliorer le pronostic

Le patient, justement, est le grand gagnant de cette chirurgie plus fine et moins invasive. 

« Dans la mesure où l’image est plus stable et la précision plus grande, on a besoin de moins de place pour opérer. Cela permet d’insuffler moins de gaz dans l’abdomen et d’avoir moins de pression interne, ce qui aide à la stabilité du patient. Cela réduit aussi les douleurs post-opératoires et facilite la récupération »

Dre Julie Garrigue, anesthésiste aux HNO
Dre Julie Garrigue, anesthésiste à l’hôpital de Villefranche.

Elle se souvient notamment d’un patient qui a pu bénéficier d’une colectomie (ablation d’une partie du colon) en ambulatoire, c’est-à-dire sans devoir rester plus d’une journée à l’hôpital. « Ce n’est pas toujours possible, notamment lorsqu’il y a de lourds antécédents médicaux. Mais pour ce monsieur qui, au-delà de sa pathologie, était en bonne forme, nous n’avons eu besoin de rajouter ni morphine ni aucun antalgique au réveil, et il a pu sortir rapidement. C’est toujours gratifiant de se dire que le patient n’a pas eu mal », salue Julie Garrigue.

Le Dr Tavernier va plus loin, en citant le cas d’un patient jeune de moins de 30 ans opéré pour une lésion à risque cancéreux à l’arrière du rectum. « Sans le robot, nous aurions dû intervenir par cœlioscopie classique, voire par voie ouverte. Nous aurions potentiellement dû enlever un morceau de rectum et couru le risque de laisser des séquelles neurologiques invalidantes comme une dysfonction érectile. Grâce à notre nouvel outil, l’opération et ses suites ont au contraire été simples, et le patient a pu sortir au bout de 2 jours seulement, avance le chirurgien. Plus largement, tout cela améliore le pronostic des patients, notamment ceux opérés dans le cadre d’un cancer. »

Un travail d’équipe avant tout

L’adoption d’un tel outil réclame tout de même un certain nombre d’adaptations, à commencer par une solide formation à son maniement pour les chirurgiens. Ces derniers observent et apprennent aux côtés de leurs confrères, puis s’entraînent sur des simulateurs avant de pouvoir opérer de vrais patients. Ils sont également régulièrement sollicités par la société qui commercialise le robot pour des mises à niveau sur différents types d’interventions ou sur de nouvelles fonctionnalités.

« L’outil nous permet même de nous connecter en direct n’importe où dans le monde, en accord avec un autre chirurgien, pour observer son travail lors d’une opération donnée, à la manière d’une master class. Dans la même logique, si nous menons une intervention délicate ou très spécifique, nous pouvons solliciter un confrère pour lui demander de nous assister et de nous conseiller à distance », souligne Clément Tavernier.

Au quotidien, la gestion du robot reste un travail d’équipe. « Il y a un process spécifique de préparation du bloc et d’installation du patient, confie Julie Garrigue. Une fois le robot en place, nous ne pouvons plus bouger la table d’opération ni accéder aux bras du patient pour le perfuser. Il faut donc prévoir tout cela, anticiper et travailler en bonne intelligence avec le chirurgien et les infirmiers. Du reste, il y a un temps d’apprentissage pour bien manier le robot durant lequel nous devons accompagner au mieux le praticien. »

L'équipe du bloc opératoire prépare la salle d'intervention et le robot chirurgical

Un atout pour l’hôpital et le territoire

Si l’hôpital de Villefranche est loin d’être le seul en France à avoir adopté un robot chirurgical, ce type d’appareil demeure encore souvent réservé aux CHU ou aux importantes polycliniques. Notre établissement fait donc figure de pionnier sur son territoire, avec des patients qui ont déjà commencé à en bénéficier. Les 8 chirurgiens formés à son utilisation (4 en viscéral, 2 en urologie et 2 en gynécologie) se répartissent ainsi au mieux son utilisation, pour prioriser les opérations les plus complexes et celles où le bénéfice est le plus évident.

Le robot constitue également un atout de recrutement pour l’hôpital, qui permet d’attirer de jeunes praticiens. Formés à la chirurgie robotique, ces derniers privilégient dans leur choix d’installation les établissements équipés. Outre des équipes à la pointe, « l’outil lui-même ne cesse de se perfectionner, ajoute Clément Tavernier. Le processeur actuel n’est utilisé qu’à 1/5e de ses capacités, pour pouvoir accueillir de nouvelles fonctionnalités liées à l’IA. Cela ouvre d’impressionnantes perspectives, avec à la clé un résultat toujours meilleur, au service des patients. »